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Interview : Aucun état de l’UA ne veut céder sa souveraineté (Liesl Louw-Vaudran,chercheuse à l’ISS)

Le journaliste Philippe Kouhon avec la chercheuse sud-africaine, Liesl Louw-Vaudran lors du 33e sommet de l’UA

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Liesl Louw-Vaudran est sud-africaine et journaliste de formation. En 2008, elle rejoint l’institut d’étude de sécurité (ISS) basé à Prétoria en tant que consultante principale de recherche et rédactrice en chef des rapports mensuels du conseil de paix et de sécurité de l’UA. Auteur du livre « l’Afrique du sud en Afrique : superpuissance ou néocolonialiste », Liesl Louw-Vaudran a été décorée le mercredi 23 octobre 2019 en France, Chevalier de l’Ordre national du Mérite pour son dévouement à la langue française et son développement national et culturel.

Dans cette interview exclusive, la chercheuse sud-africaine dévoile les atouts et faiblesses du président Cyril Ramaphosa à la tête de l’union africaine et jette un regard critique sur la capacité de l’UA à contenir les crises en Afrique.

« L’Afrique du sud d’aujourd’hui n’est plus celle des années 2000 lorsque Tabo Mbeki faisait sa renaissance africaine et ses interventions militaires en RDC »


IA-Afrikipresse : L’Afrique du sud préside l’UA en 2020. Que peut-elle apporter à l’organisation continentale

Liesl Louw-Vaudran : S’agissant des atouts, il faut savoir que la ministre Nkosazana Diamini-Zuma a été présidente de la commission de l’UA de 2012 à 2017. Avec elle, le pays a gardé toutes ses relations diplomatiques avec le continent et l’UA en tant qu’institution. Et quand nous nous nous referons au thème de cette année (Faire taire les armes : créer des conditions propices au développement de l’Afrique, ndlr), c’est une belle opportunité de création de synergie entre l’ONU et l’UA. Car il faut savoir qu’en même temps que l’Afrique du Sud accède à la présidence de l’UA, le pays siègera au conseil de sécurité des nations unies. Surtout en ce qui concerne le financement des opérations de maintien de la paix en Afrique ou encore sur la lutte contre les violences faites aux femmes pendant les conflits.

Au-delà de cela, nous avons un président qui a beaucoup d’expérience dans les négociations et médiations. Alors qu’il était engagé dans la médiation, on disait de lui qu’il n’allait jamais réussir à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. Aujourd’hui avec les guerres en Libye et au Soudan du Sud, il faut trouver de nouvelles solutions. En 2000, on l’a vu (Ramaphosa, ndlr) en Irlande du nord et au Soudan, en tant que vice-président et envoyé spécial de la Sadec (communauté de développement d’Afrique australe). C’est donc quelqu’un qui est rodé en matière de médiation lors desconflits. Il connait très bien des dossiers.

Comme faiblesse, il faut noter que l’Afrique du sud d’aujourd’hui n’est plus celle des années 2000 lorsque Tabo Mbeki faisait sa renaissance africaine et ses interventions militaires en RDC. On avait un pays avec une croissance de 4 à 5 %. Aujourd’hui l’économie du pays est pratiquement en récession et la croissance est au plus bas, 1%. Ajouter à cela les difficultés que Cyril Ramaphosa rencontre au sein de son parti, l’ANC, il est clair que sa priorité aujourd’hui reste l’économie Sud-Africaine. Je suis convaincue que si aujourd’hui Ramaphosa ramène une centaine de rebelles congolais à Sun City dans le cadre d’une négociation inter-congolaise, jamais les populations sud-africaines n’accepteraient, tellement elles-mêmes broient du noir. Pour vous dire que le contexte est tout de même compliqué pour lui. Aussi avec le regain de violence xénophobe, l’an dernier ici même à Addis-Abeba, la candidature de l’Afrique du sud à la présidence de l’UA était contestée.

Comment les attaques terroristes en Afrique de l’Ouest sont perçues en Afrique du Sud

« Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Côte d’ivoire, ce sont des pays très loin d’eux »

Je puis vous affirmer que les populations sud-africaines ont peu de connaissance de ce qui se passe en Afrique de l’Ouest. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Côte d’ivoire, ce sont des pays très loin d’elles. La SADEC a été une zone plus ou moins assez stable. Au point oùmalgré les menaces djihadistes au nord de la Mozambique qui ont fait plus de 300 morts en deux ans avec une quinzaine d’attaques, ni la presse, ni le gouvernement ne souhaite en parler. S’agissant du terrorisme, les sud-africains n’ont pas encore conscience que cela peut avoir un impact sur eux.

L’autre problème reste le rôle des forces africaines en attente. Dans le schéma actuel, chaque région garde sa force pour sa protection. C’est pourquoi vous verrez quelorsqu’il y a un conflit au Tchad ou au Mali, c’est la CEDEAO qui est habilitée à envoyer des forces. Si on veut résoudre les problèmes africains de façon globale, il faut donc trouver un mécanisme ad hoc qui intègre toutes les forces militaires africaines en attente.

Quelle analyse faites-vous de la présidence Rwandaise et Egyptienne à la tête l’UA

Le président Paul Kagamé a élevé le rôle et la fonction du président de l’UA à un haut niveau. C’est sous sa présidence que la question de la réforme de l’organisation mais aussi la création de la zone libre-échange ont vu le jour. Le seul bémol est qu’il était autoritaire et cela agaçait ses pairs chefs d’Etat.

Quant à l’égyptien Fattah Al sissi, c’était monsieur rigueur. Il était beaucoup plus rigoureux au niveau de la documentation. Mais malgré tous ces efforts, des dossiers chauds tels, le conflit Libyen et au sud soudan restent un caillou dans les souliers de l’UA et l’Afrique du sud devrait faire mieux que le Rwanda et l’Egypte.

Pour cela le pays peut compter sur le secteur privé, le gouvernement, des think thanks comme nous (Iss, Institut de recherche, ndlr), les universitaires qui se penchent sur l’UA ect.

Vous qui êtes les cerveaux de la guerre des idées en Afrique, pourquoi, malgré toutes ces réunions des organisations continentales et sous-régionales, l’Afrique peine à faire face à toute sorte de menace, sécuritaire, alimentaire, sociale ect.

« Aucun état membre de l’UA ne veut lui céder sa souveraineté »

Il faut retenir que l’UA est une institution intergouvernementale des pays souverains. Ce n’est pas l’union européenne où une directive de Bruxelles peut s’imposer aux pays membres. Aucun état membre de l’UA ne veut lui céder sa souveraineté. En outre, le thème de cette année, la paix et la sécurité est le seul dossier où l’UA en tant qu’institution a compétence. Les autres institutions telles la BAD, la CEDEAO, CEEAC, CAE, SADC, NEPAD ect peuvent s’occuper du développement économique.


Quels sont donc les succès de l’UA depuis sa création

« L’UA ne peut pas être mieux que ses Etats membres quand on connait la faiblesse de ces mêmes Etats »

En 2018, il y avait un conflit en Madagascar. L’UA et la SADEC sont intervenus et cela a mis fin à la crise et les élections ont eu lieu. Mais comment savoir que si l’UA et la Sadec n’éatient pas intervenus, il y aurait eu la guerre ? C’est comme si vous demandez aux policiers français combien d’attentats ils ont évité.

D’abord, l’UA ne peut pas être mieux que ses Etats membres quand on connait la faiblesse de ces Etats. Concernant le soudan du sud, le président Ramaphosa a reçu Salva kïïr début février dernier. A cet effet une réunion est prévue ce samedi 8 février 2020 à Addis Abeba où on espère avoir Salva Kiir et le chef rebelle, Riek Machar autour de la table de négociation pour le retour de la paix au sud soudan.

Comment va se comporter l’Afrique du sud pendant sa présidence de l’UA sur la question libyenne

Il est d’abord important que l’UA soit invitée quand il y a des réunions sur la Libye à Berlin ou ailleurs. Pour le reste, l’Afrique du sud n’a aucun intérêt à prendre position pour ou contre comme l’a fait l’Egypte. Mais pour être honnête avec vous, je suis plus optimiste pour le Soudan du sud que pour la Libye.


Propos recueillis par Philippe Kouhon, envoyé spécial à Addis-Abeba

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